À chaque année, quelques jours avant mon anniversaire, je
me mets, sans trop m’en rendre compte, à faire le bilan. De l’année qui vient
de s’écouler bien sûr, mais aussi de ma vie en général. Nous ne sommes plus
qu’à quelques jours de mes 30 ans : un changement de dizaine, ça fait
réfléchir… (;
Mais un changement de dizaine que je vois venir avec
bonheur. Si on m’avait dit il n’y a pas si longtemps que je fêterais mon 30e
anniversaire sous le soleil et les cocotiers, je ne l’aurais pas cru ! J’aurais
eu du mal aussi à m’imaginer avec un poste à temps plein en histoire dans une
école internationale, expérience exigeante, mais ô combien riche : chaque
jour, j’en apprends un peu plus sur mon métier, sur mes élèves, sur l’histoire
et surtout, sur moi-même.
Expérience riche professionnellement, mais bien sûr,
culturellement et personnellement aussi ! Je l’ai dit souvent, l’Afrique est un
continent riche en paradoxes et en contradictions. Il fascine autant qu’il
désespère. Il nous donne constamment des raisons d’être émerveillé et exaspéré
à la fois. C’est difficile à expliquer. L’Afrique, ça se vit ! Du coup, ça rend
la vie au quotidien très riche, tant dans les bons moments que dans les petits
moments de frustration (et rassurez-vous, les bons moments sont nombreux !). Et
cette expérience est d’autant plus riche pour moi depuis que je partage ma vie
avec un togolais : forcément, les mots n’ont pas toujours le même sens
pour Coco et moi. Parfois, les gestes ne s’interprètent pas de la même façon,
nos référents culturels ne sont pas les mêmes. Une situation qui demande
beaucoup d’écoute, de dialogue et de compréhension, mais qui nous permet aussi
de grandir, de se questionner sur nos cultures respectives, de les connaître de
mieux en mieux. Et par le fait même, de nous connaître de mieux en mieux aussi.
Et jusqu’à maintenant, je dois dire qu’on s’en sort plutôt bien !
À l’aube de mes 30 ans, je file donc mon petit bonheur
avec sérénité. Et du coup, avoir 30 ans ne m’inquiète pas autant que je
l’aurais imaginé. La vie nous réserve beaucoup de choses et même si je ne sais
pas encore trop bien ce que l’avenir me réserve, j’ai confiance ( :
Petites chroniques
de vie quotidienne…
Je pourrais rester ici 20 ans que j’aurais encore des tas
de choses à découvrir. Et il y a de ces petits gestes du quotidien qui
m’émerveillent encore autant que la 1ère fois que je les ai vus… Par
exemple, je suis toujours impressionnée quand je vois tout ce que les dames
peuvent porter sur leur tête, avec une grâce et une élégance déconcertante.
J’avoue avoir un faible pour les dames qui vendent des ananas : imaginez
une grande bassine en métal pour faire la lessive, remplie d’ananas (peut-être
une vingtaine), sur la tête d’une dame (qui en plus, porte bien souvent un bébé
dans son dos !). Comme c’est terriblement lourd, cette dame a généralement
besoin d’aide pour déposer sa bassine lorsque quelqu’un veut lui acheter de
l’ananas. Et là, vient ce moment qui m’émeut à chaque fois : voir une autre
dame s’approcher pour prendre un côté de la bassine et voir les 2 dames la
déposer ensemble sur le sol. Un petit geste banal de solidarité, mais je ne
sais pas pourquoi, à chaque fois, ça me donne un petit frisson.
Et là, vient le moment de choisir la taille de son
ananas, de négocier le prix, et puis « live », on vous le
prépare : la dame accroche l’ananas par la queue, puis, avec un grand
couteau, l’épluche en quelques coups précis. Toujours en le tenant par la
queue, elle le coupe ensuite en petit morceaux qui tombent dans une assiette
couverte par un sac de plastique. Ensuite, elle vous pique un cure-dent dans un
des morceaux, enlève le sac de l’assiette, l’attache et vous le donne. Ne reste
plus qu’à aider la dame à remonter son chargement sur sa tête, puis à savourer
ananas. Et ici, un ananas, c’est très doux et très sucré. Ils sont presque
blancs à l’intérieur, et ça ne pique pas du tout la langue. Un régal !
Pour rester dans le domaine culinaire… habiter dans un
petit quartier où il y a peu de blancs peut avoir certains avantages. En effet,
les dames qui font à manger sur le bord de la route sont toujours bien étonnées
de me voir raffoler de la nourriture locale. Du coup, elles sont souvent bien
généreuses avec moi… j’avoue avoir un faible particulier pour la dame qui vend
du pain aux avocats. Cette dame circule tous les jours dans le quartier avec sa
bassine remplie de pain sur la tête (et elle aussi un bébé dans son dos), et
dans des pots à part, salade d’avocats et de haricots. La semaine, elle passe
un peu trop tard pour que je puisse en manger. Mais le samedi matin, je
l’attends bien souvent avec impatience. Quand j’entends sa voix un peu
nasillarde dans la rue, « SAKEEEEEEmi », mon estomac se réjouit ! Et
à chaque fois, c’est immanquable, c’est Coco qui descend chercher le pain, et
moi je regarde avec fascination la dame me préparer le tout du haut de mon
balcon…
À mon plus grand bonheur, il y a aussi à côté de chez moi
une dame qui vend du ablo, des espèces de petites galettes de riz et de maïs
qui ont un goût un peu sucré. Avec une sauce aux légumes ou au poisson, c’est
un vrai régal. Mais c’est hyper long à préparer ce truc : la pâte doit
reposer très longtemps, puis elle est mise dans de petits moules (ou roulée
dans des feuilles de maïs). Elle est ensuite cuite à l’étouffée, sur un petit
treillis en feuilles de palmier tressées bien coincé entre 2 bassines une
par-dessus l’autre installées sur un tonneau en métal vide au fond duquel on
fait brûler du charbon. J’en raffole ! Normalement, on reçoit 4 petites
galettes de ablo pour 100 francs. Et bien, quand j’en achète pour 200 francs,
je me retrouve souvent avec une douzaine !
Dernière découverte culinaire : des espèces de
petites boules faites à partir de noix de coco râpée. Ça aussi, je peux en
trouver juste à côté de chez nous. En fait, c’est ça qui est extraordinaire au
Togo : peu importe ce qu’on cherche, on peut généralement le trouver dans
un rayon très proche. Ou encore mieux, ce que vous cherchez viendra à vous sur
la tête d’une bonne dame qui passe par là…
Moi mes souliers
ont beaucoup voyagé…
J’ai toujours détesté m’acheter des chaussures. J’ai des
pieds trop longs et trop larges, à chaque fois, c’est le désastre. Arrivant au
bout de mes 2 paires de sandales, Coco a entrepris de me faire découvrir le
marché d’Hedzranawé, situé un peu en dehors du centre-ville de Lomé, et dont
une grande partie est consacrée… aux chaussures !!! Je vous jure, je n’ai
jamais vu autant de chaussures de toute ma vie ! Pendant une bonne heure, on a
circulé au milieu de montagnes de souliers, neufs, usagers, sandales, souliers
de courses, gougounes, bottes de marche, bottes de cow-boy (!), pour les grands
pieds, les petits pieds, les moyens pieds, tout ce que vous voulez ! Bref, on
trouve de tout, si on a la volonté de chercher… 2h30 de travaux intensifs de
fouille nous aurons permis de trouver 2 paires de sandales fort jolies pour moi
et une autre pour Coco. Ouf ! En tout cas, je vous jure qu’après ça, j’ai rêvé
de chaussures toute la nuit !
Voilà voilà ! Je vous mettrai prochainement des photos
d’anniversaire, puisque je ne suis pas du tout la seule de mes amis à être née
en novembre ! Ambre le 9, Charline le 17, Aurélie et Thierry le 18… On a donc
décidé de fêter un peu tout le monde en plusieurs occasions pendant tout le
mois… À suivre !
Sur ce, je vous embrasse et je vous envoie un petit rayon
de (très) chaud soleil togolais
À bientôt –xxx-
Mélanie ( :
p.s. Pour rire : mots d’élèves (et je vous jure que
je n’ai rien inventé… j’ai juste corrigé les multiples fautes d’orthographe)
Les pièges en histoire :
« Mais ce discours de Georges Clemenceau a des
limites, car il ne dit pas tout. En effet, on voit dans le texte ce symbole
[…], donc Clemenceau n’a pas tout dit. »
Les grandes découvertes :
« Martin Luther King a découvert le Canada ».
Un peu de géo
« Vrai ou faux : l’eau est plus souvent source
de tension que de coopération. Faux, car l’eau, c’est la vie. »
Il faut faire attention à ce qu’on dit en classe :
Comme le disait si bien Mussolini : « on casse
des gueules, on réfléchit ensuite ». (euh… ça, c’est plutôt Madame
Cloutier expliquant les fondements de l’idéologie fasciste…).
L’impact social et économique de la 1ère
Guerre mondiale :
« Pendant la 1ère Guerre mondiale, les
grands industriels ne faisaient rien, ils se tournaient les pouces pendant que
les soldats mourrait dans les tranchés. Eux, ils faisaient juste faire de l’argent. »
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