mercredi 21 novembre 2012

À l’aube de la trentaine


À chaque année, quelques jours avant mon anniversaire, je me mets, sans trop m’en rendre compte, à faire le bilan. De l’année qui vient de s’écouler bien sûr, mais aussi de ma vie en général. Nous ne sommes plus qu’à quelques jours de mes 30 ans : un changement de dizaine, ça fait réfléchir… (;

Mais un changement de dizaine que je vois venir avec bonheur. Si on m’avait dit il n’y a pas si longtemps que je fêterais mon 30e anniversaire sous le soleil et les cocotiers, je ne l’aurais pas cru ! J’aurais eu du mal aussi à m’imaginer avec un poste à temps plein en histoire dans une école internationale, expérience exigeante, mais ô combien riche : chaque jour, j’en apprends un peu plus sur mon métier, sur mes élèves, sur l’histoire et surtout, sur moi-même.

Expérience riche professionnellement, mais bien sûr, culturellement et personnellement aussi ! Je l’ai dit souvent, l’Afrique est un continent riche en paradoxes et en contradictions. Il fascine autant qu’il désespère. Il nous donne constamment des raisons d’être émerveillé et exaspéré à la fois. C’est difficile à expliquer. L’Afrique, ça se vit ! Du coup, ça rend la vie au quotidien très riche, tant dans les bons moments que dans les petits moments de frustration (et rassurez-vous, les bons moments sont nombreux !). Et cette expérience est d’autant plus riche pour moi depuis que je partage ma vie avec un togolais : forcément, les mots n’ont pas toujours le même sens pour Coco et moi. Parfois, les gestes ne s’interprètent pas de la même façon, nos référents culturels ne sont pas les mêmes. Une situation qui demande beaucoup d’écoute, de dialogue et de compréhension, mais qui nous permet aussi de grandir, de se questionner sur nos cultures respectives, de les connaître de mieux en mieux. Et par le fait même, de nous connaître de mieux en mieux aussi. Et jusqu’à maintenant, je dois dire qu’on s’en sort plutôt bien !

À l’aube de mes 30 ans, je file donc mon petit bonheur avec sérénité. Et du coup, avoir 30 ans ne m’inquiète pas autant que je l’aurais imaginé. La vie nous réserve beaucoup de choses et même si je ne sais pas encore trop bien ce que l’avenir me réserve, j’ai confiance ( :

Petites chroniques de vie quotidienne…
Je pourrais rester ici 20 ans que j’aurais encore des tas de choses à découvrir. Et il y a de ces petits gestes du quotidien qui m’émerveillent encore autant que la 1ère fois que je les ai vus… Par exemple, je suis toujours impressionnée quand je vois tout ce que les dames peuvent porter sur leur tête, avec une grâce et une élégance déconcertante. J’avoue avoir un faible pour les dames qui vendent des ananas : imaginez une grande bassine en métal pour faire la lessive, remplie d’ananas (peut-être une vingtaine), sur la tête d’une dame (qui en plus, porte bien souvent un bébé dans son dos !). Comme c’est terriblement lourd, cette dame a généralement besoin d’aide pour déposer sa bassine lorsque quelqu’un veut lui acheter de l’ananas. Et là, vient ce moment qui m’émeut à chaque fois : voir une autre dame s’approcher pour prendre un côté de la bassine et voir les 2 dames la déposer ensemble sur le sol. Un petit geste banal de solidarité, mais je ne sais pas pourquoi, à chaque fois, ça me donne un petit frisson.

Et là, vient le moment de choisir la taille de son ananas, de négocier le prix, et puis « live », on vous le prépare : la dame accroche l’ananas par la queue, puis, avec un grand couteau, l’épluche en quelques coups précis. Toujours en le tenant par la queue, elle le coupe ensuite en petit morceaux qui tombent dans une assiette couverte par un sac de plastique. Ensuite, elle vous pique un cure-dent dans un des morceaux, enlève le sac de l’assiette, l’attache et vous le donne. Ne reste plus qu’à aider la dame à remonter son chargement sur sa tête, puis à savourer ananas. Et ici, un ananas, c’est très doux et très sucré. Ils sont presque blancs à l’intérieur, et ça ne pique pas du tout la langue. Un régal !

Pour rester dans le domaine culinaire… habiter dans un petit quartier où il y a peu de blancs peut avoir certains avantages. En effet, les dames qui font à manger sur le bord de la route sont toujours bien étonnées de me voir raffoler de la nourriture locale. Du coup, elles sont souvent bien généreuses avec moi… j’avoue avoir un faible particulier pour la dame qui vend du pain aux avocats. Cette dame circule tous les jours dans le quartier avec sa bassine remplie de pain sur la tête (et elle aussi un bébé dans son dos), et dans des pots à part, salade d’avocats et de haricots. La semaine, elle passe un peu trop tard pour que je puisse en manger. Mais le samedi matin, je l’attends bien souvent avec impatience. Quand j’entends sa voix un peu nasillarde dans la rue, « SAKEEEEEEmi », mon estomac se réjouit ! Et à chaque fois, c’est immanquable, c’est Coco qui descend chercher le pain, et moi je regarde avec fascination la dame me préparer le tout du haut de mon balcon…

À mon plus grand bonheur, il y a aussi à côté de chez moi une dame qui vend du ablo, des espèces de petites galettes de riz et de maïs qui ont un goût un peu sucré. Avec une sauce aux légumes ou au poisson, c’est un vrai régal. Mais c’est hyper long à préparer ce truc : la pâte doit reposer très longtemps, puis elle est mise dans de petits moules (ou roulée dans des feuilles de maïs). Elle est ensuite cuite à l’étouffée, sur un petit treillis en feuilles de palmier tressées bien coincé entre 2 bassines une par-dessus l’autre installées sur un tonneau en métal vide au fond duquel on fait brûler du charbon. J’en raffole ! Normalement, on reçoit 4 petites galettes de ablo pour 100 francs. Et bien, quand j’en achète pour 200 francs, je me retrouve souvent avec une douzaine !

Dernière découverte culinaire : des espèces de petites boules faites à partir de noix de coco râpée. Ça aussi, je peux en trouver juste à côté de chez nous. En fait, c’est ça qui est extraordinaire au Togo : peu importe ce qu’on cherche, on peut généralement le trouver dans un rayon très proche. Ou encore mieux, ce que vous cherchez viendra à vous sur la tête d’une bonne dame qui passe par là…

Moi mes souliers ont beaucoup voyagé…
J’ai toujours détesté m’acheter des chaussures. J’ai des pieds trop longs et trop larges, à chaque fois, c’est le désastre. Arrivant au bout de mes 2 paires de sandales, Coco a entrepris de me faire découvrir le marché d’Hedzranawé, situé un peu en dehors du centre-ville de Lomé, et dont une grande partie est consacrée… aux chaussures !!! Je vous jure, je n’ai jamais vu autant de chaussures de toute ma vie ! Pendant une bonne heure, on a circulé au milieu de montagnes de souliers, neufs, usagers, sandales, souliers de courses, gougounes, bottes de marche, bottes de cow-boy (!), pour les grands pieds, les petits pieds, les moyens pieds, tout ce que vous voulez ! Bref, on trouve de tout, si on a la volonté de chercher… 2h30 de travaux intensifs de fouille nous aurons permis de trouver 2 paires de sandales fort jolies pour moi et une autre pour Coco. Ouf ! En tout cas, je vous jure qu’après ça, j’ai rêvé de chaussures toute la nuit !

Voilà voilà ! Je vous mettrai prochainement des photos d’anniversaire, puisque je ne suis pas du tout la seule de mes amis à être née en novembre ! Ambre le 9, Charline le 17, Aurélie et Thierry le 18… On a donc décidé de fêter un peu tout le monde en plusieurs occasions pendant tout le mois… À suivre !

Sur ce, je vous embrasse et je vous envoie un petit rayon de (très) chaud soleil togolais
À bientôt –xxx-

Mélanie ( :

p.s. Pour rire : mots d’élèves (et je vous jure que je n’ai rien inventé… j’ai juste corrigé les multiples fautes d’orthographe)

Les pièges en histoire :
« Mais ce discours de Georges Clemenceau a des limites, car il ne dit pas tout. En effet, on voit dans le texte ce symbole […], donc Clemenceau n’a pas tout dit. »

Les grandes découvertes :
« Martin Luther King a découvert le Canada ».

Un peu de géo
« Vrai ou faux : l’eau est plus souvent source de tension que de coopération. Faux, car l’eau, c’est la vie. »

Il faut faire attention à ce qu’on dit en classe :
Comme le disait si bien Mussolini : « on casse des gueules, on réfléchit ensuite ». (euh… ça, c’est plutôt Madame Cloutier expliquant les fondements de l’idéologie fasciste…).

L’impact social et économique de la 1ère Guerre mondiale :
« Pendant la 1ère Guerre mondiale, les grands industriels ne faisaient rien, ils se tournaient les pouces pendant que les soldats mourrait dans les tranchés. Eux, ils faisaient juste faire de l’argent. »

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