dimanche 25 septembre 2011

la vie est un éternel recommencement

Quand je suis arrivée au Togo, le 1er soir, en sortant de la mini van de l’école avec Colany - le chauffeur de l'école - j’ai atterri les 2 pieds dans le sable : « on ne peut pas aller plus loin. C’est à cause des travaux ». Ah bon ? Mon sac sur le dos et ma valise dans les mains, j’ai donc affronté tous ces tas de sable dans lesquels je m’enfonçais beaucoup. Surtout qu’une rue en travaux, ça veut dire une rue sans lumières… Pour rejoindre le portail de l’école, j’ai marché sur une petite planche en bois, le niveau de la rue en construction étant beaucoup plus bas que celui du portail. Colany m’a dit : « ça devait être fini pour le mois de juin, mais ils ont pris du retard ».


Si vous ne suivez pas déjà leurs aventures, je vous encourage fortement à aller lire un des derniers messages de samuel et jp, 2 de mes amis qui sont au bénin présentement. (http://sametjp.blogspot.com) Leur message s’intitule « au détour des vons ». au togo aussi, les petites rues en terre s’appellent des vons. La différence principale ici, c’est que la terre n’est pas rouge. Mais donc, la route de l’école est un von qu’on transforme en voie goudronnée. La galère… 1 mois que je suis ici. Depuis un mois, voici le scénario : au bout de la rue, on déverse des tas de terre. Toute la journée, des énormes charrues (oui oui, des charrues, comme celles qui poussent la neige chez nous) poussent les tas de terre un peu plus loin. Ou les étendent tout au long de la rue, pour refaire un tas un peu plus loin. puis, un genre de gros rouleau compresseur sur la route, ébranlant fortement les fondations de tous les bâtiments autour (parfois, on ne s’entend plus dans les classes ! Tout tremble dans les locaux de l’école, c’est terrible !). Puis, quand c’est suffisamment aplati, on arrose la rue. Et le lendemain, on recommence. On repousse les tas de terre un peu plus loin – ou on les refait où ils étaient – et on recommence. Les camions passent et repassent, les charrues aussi, certains ouvriers travaillent à la pelle, d’autre coulent du ciment sur les côtés (parce qu’une rue goudronnée, ça implique souvent aussi des genres de gouttières sur les côtés, c'est-à-dire 2 parois en ciment séparées par moins de mètre, creuses d'environ 1 mètre aussi, parfois recouvertes de dalles en béton plus ou moins stables, parfois non. Évidemment, ces gouttières sont les endroits idéals pour l’accumulation d’eaux stagnantes, de sacs de plastiques et de déchets de toutes sortes… d’où le petit moment de panique quand on sent une dalle bouger sous nos pieds quand on doit marcher dessus !). Et bien sûr on réarrose le tout. Ce qui fait que tous les jours, les 2 minutes de marche qui séparent l’internant de l’école secondaire constituent une nouvelle aventure. Se faufiler entre les camions, saluer les ouvriers, essayer d’éviter les bouts arrosés pour pas trainer de la boue partout dans l’école après, regarder les familles attroupées dans la porte de leur maison pour voir le spectacle des charrues et des gros camions (riez pas ! on a tous fait pareil quand on était petit et que la souffleuse ou la machine qui nettoie les rues passait !), ou tout simplement voir les enfants profiter du plus grand carré de sable de l’univers une fois que la journée de travail est terminée– je vous jure que sur cette rue en travaux, on ne s’ennuie pas ! et ça travaille même le dimanche, c’est du sérieux !

Cette route sera-t-elle terminée un jour ? Je ne sais pas. J’ai beau essayé de comprendre la technique, j’ai l’impression que rien n’a bougé depuis un mois. Ah si, le niveau de la route a monté un peu tout de même. Il manque encore un bon 50 cm pour atteindre le niveau des gouttières. Et restera encore tout le travail pour installer le fameux goudron… Bref, je sens que les travaux dans la rue vont alimenter les conversations et divertir le quartier pendant un bon moment encore… La vie est un éternel recommencement… Mais peut-être qu’un jour, je pourrai vous annoncer fièrement que le goudron est arrivé sur la rue Defale !
Sinon, pour faire écho à sam et jp, qu’est-ce qu’on trouve au détour des vons de lomé ? côté bouffe, passablement la même chose qu’au bénin. Avec, en plus, plein de noix de cocos parce qu’on est au bord de la mer. Il faut voir les gens qui vous les vendent vous les ouvrir en 3 coups de machette… Après, il faut caler le jus. Vous remettez la coquille à la gentille personne qui vous a vendu la dite noix, et en 2 coups de machette, elle vous l’ouvre en 2 et décolle la chair de la coquille que vous pouvez mangez tranquillos ensuite… que du bonheur ! au détour des rues aussi, l’agbélli, le manioc grillé. Ou encore, le bissap, cette tisane rubis faite à partir de fleurs d’hibiscus et qu’on boit congelée… les bananes plantains séchées, et tant de choses encore...

Au détour des vons, des visages de plus en plus familiers. Des gens que j’apprends à connaître, et dont j'arrive de plus en plus à me rappeler des noms ! Comme Tata christine qui m’a interpellé un jour : Hey yovo, vient goûter la spécialité locale ! et me voilà sur un banc à déguster du tchoukouchouk, un genre de bière fait à partir de sorgho fermenté. Depuis, tous les samedis, tata christine m’invite à boire avec elle, comme ça, généreusement. Au détour des vons, partout, des enfants qui rient, des gens qui vous saluent, qui sont prêts à partager avec vous leur nourriture, leurs expériences, leur culture. Et leurs rires ! parce que les gens ici, ils aiment bien rigoler. Quand je marche dans les vons, je ne peux pas m’empêcher de sourire. C’est plein de petits bonheurs, c’est plein de vie ( :
Et bien sûr, c’est plein de coqs aussi, et ils chantent autant pendant la journée que pendant le nuit. Mais pour ceux qui s’inquiètent pour mes nuits de sommeil, sachez que depuis une semaine, je ne les entends presque plus les fameux coqs ! J’arrive à dormir à peu près d’une traite de 22h à 5h du matin maintenant - l’heure des coqs, des balais, des cloches d’église et des oiseaux… pas mal tout de même !

Heyzande – A bientôt

Mélanie ( :

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