mardi 22 novembre 2011

Se déplacer pour aller au Bénin, c'est...

Ceux qui lisaient mon blogue quand j’étais au Bénin se souviendront peut-être de cette chronique que j’avais rédigée sur le transport. Se déplacer au Bénin – tout comme se déplacer au Togo d’ailleurs – est à chaque fois une expérience mémorable. Mais j’étais loin de me douter, lors de ma semaine de congé fin octobre – début novembre, que se déplacer pour aller au Bénin, c’était tout aussi rocambolesque !

10h30 : départ de l’école, en compagnie de Noa et de Jimmy, 2 de mes collègues, qui s’en vont eux aussi vers le Bénin. Motivés comme pas 2, on marche jusqu’au marché. Notre mission : trouver un taxi.

Trouver un taxi ici, c’est une expérience en soi. 2 options : 1 – se mettre sur le bord de la route, dans la direction où vous voulez aller. Et quand un taxi approche (vous pouvez pas les manquer, ils klaxonnent frénétiquement et le chauffeur fais de grands gestes), vous hurlez votre destination. Si votre destination arrange le chauffeur, il s’arrête. Sinon, il passe son chemin… Option 2 : vous allez dans une « gare » de taxis : des voitures entassées, entourées de vendeurs de tout ce que vous voulez (boxers, ceinture, papier mouchoir, tapis d’entrée « welcome » et j’en passe) et de tatas qui vendent tout ce que vous pourriez rêver de boire ou manger. Et autour, des chauffeurs de taxi bien sûr, et des genres de « répartiteurs » qui se chargent de vous trouver un taxi, moyennant qqs francs de votre part et / où de celle du chauffeur (j’ai pas encore trop trop compris quelle était la règle en fait). Et dès qu’on s’approche de l’endroit où sont regroupés les taxis, il faut garder la tête froide, surtout quand on est yovo. Ça prend pas 2 secondes que tout ce beau monde veut vous embarquer ou vous vendre n’importe quoi… et ça parle dans tous les sens, d’un ton qui semble un peu agressif à nos oreilles blanches (mais qui est tout à fait normal ici) et on vous bouscule un peu dans tous les sens aussi… J’ai souvent dit que l’Afrique me semblait une grande cohue dans laquelle tout le monde semble savoir comment ça marche sauf moi… ce sentiment là, c’est toujours en négociant un taxi que je le ressens le plus ! Et à chaque fois que je me retrouve bien coincée sur la banquette arrière (à 4 bien sûr !) après avoir convenu d’un prix, je suis toujours un peu soulagée !

Marché de Lomé donc. On trouve un taxi pour nous amener jusqu’à Cotonou. Mais à 3, on ne remplit pas le taxi… Alors on attend, on attend sous le soleil de plomb… Enfin, nous sommes 7, yé ! Il est presque midi quand nous quittons finalement le marché... Un prélude à ce qui allait venir…

Obstacle no.1 : le port. A peine 15 min. après notre départ, la voiture ne roule plus, ou presque. Les jours précédents, il a beaucoup plu, et le secteur est en chantier. Donc, il ne s’agit pas seulement de contourner les trous, mais aussi de traverser les immenses flaques d’eau tout le long du chemin… Les véhicules vont dans tous les sens, à essayer de trouver le meilleur endroit où passer. Cette scène, on la voit tous les jours un peu partout, et à chaque fois, je ne peux m’empêcher de penser à une valse. La valse des voitures… Et ne comptez pas trop sur les militaires qui sont là pour organiser de façon logique toute cette circulation… 1h30 plus tard, nous sommes à Baguida. Un trajet qu’on peut faire en 20 minutes en tant normal…

Obstacle no.2 : les multiples arrêts du chauffeur. À toutes les 20 minutes, petite pause… pour un p’tit pipi au bord de la route, pour acheter des beignets, pour boire de l’eau….

Obstacle no.3 : c’est devenu un dicton ici, tout le monde le dit : « le Togo est en chantier ». Partout, des travaux… Il suffit de penser à la rue de mon école, ça se passe de commentaires… et ça allonge passablement notre trajet. 14h30…

Obstacle no.4 : la frontière. On entre dans un espèce de marché. Le chauffeur se gare, tout le monde sort de la voiture : « Il faut descendre là pour traverser ». Hein ? Et oui, on nous pointe vaguement une direction en nous disant que la frontière est par là et qu’il faut traverser à pied. On sort du taxi, un peu craintifs : le retrouvera-t-on ce taxi, « de l’autre côté »? Comme ces indications me semblent vagues…

Une frontière : moi j’imaginais bêtement une ligne. 1ère barrière : on avance sans trop savoir où aller. Y’a plein de vendeuses, plein de bâtiments, de gros camions, des voitures… On passe devant plein de gens…. Je demande à un gars en uniforme, qui me dit qu’il faut aller voir la police. Ah. Les policiers togolais prennent nos passeports, y mettent une étampe (cachet de sortie) et on sort. Trop facile ! On continue à marcher : « Piétons ». Super ! On passe dans le p’tit couloir, on montre fièrement nos cachets de sortie, et on ressort. Ah, bienvenue au Bénin !!! Bon, où il est ce taxi maintenant ???

On continue à marcher en regardant partout dans la cohue : « Piétons ici ». On y va. Un autre petit couloir pour l’inspection sanitaire, bloqué par plein de grosses mamas. Un monsieur à la chemise blanche nous fait de grands signes : « Venez, pourquoi vous attendez là ? ». On n’avait pas besoin de passer par là apparemment. Ah bon ? Désolée…

On ressort sur la route, on passe une petite barrière. Ah, bienvenue au Bénin, prise 2 !!! On continue à marcher et à scruter la cohue pour repérer notre taxi. Ah, il est là !!! (le chauffeur seulement, pas la voiture). « vous avez votre cachet ? » On lui montre fièrement. « Mais le cachet d’entrée, il est où là ? Hein ??? Un monsieur nous court après et nous ramène de l’autre côté de la petite barrière, jusqu’à un autre commissariat de police – béninois celui-là. Y’a plein de gens sur des bancs, et plein de douaniers qui peinent à garder des tas de papiers en place sous de puissants ventilateurs. On nous fait court-circuiter tout le monde. Le douanier me regarde bêtement : « Pourquoi vous êtes entrés au Bénin sans cachet d’entrée ? ». Je fonds… on l’savait pas, j’vous jure… Oh là là, toutes ces questions auxquelles on a dû répondre, et ces tas de papiers à remplir… Je lève les yeux et je vois une horloge : 15h30. Je comprends qu’on est entré « illégalement » au pays (même si on avait un visa en règle, qu’on avait pris soin de faire faire au consulat du Bénin à Lomé avant de partir…) et je me dis qu’on est dans le trouble et que ça va nous coûter cher. Il regarde nos passeports. Il s’étonne de nos visas d’un an togolais (oh, on semble gagner des points là !!! Parce qu’il faut connaître des gens qui sont dans les bonnes grâces des autorités togolaises pour avoir ce type de visa). Il regarde nos passeports. On remplit plein de formulaires. Il regarde mon visa béninois : « pourquoi tu as un visa de 2 semaines, tu pars seulement 5 jours ». Oui, mais le consulat fait juste des visas de 48 heures ou de 2 semaines… Comment ça se fait qu’il n’est pas au courant le douanier ??? « C’est pas normal ça », qu’il me dit. Et là, il regarde encore tous les papiers, et le passeport. Je commence à stresser un peu tout de même. 15h45. « Bon, je vois bien que c’est la 1ère fois que vous passez ici ». Et finalement, il étampe nos passeports avec le fameux cachet d’entrée qu’on avait besoin. « C’est bon, vous pouvez partir ». Fiou !!! Presque 16h. On repasse à nouveau la barrière. Ça semble être la fin du « no man’s land » entre les 2 pays… Bienvenue au Bénin, pour vrai cette fois !!!

Plus de barrières donc, mais toujours autant de vendeuses et de camions, et plein de taxi-motos et de taxis qui veulent nous embarquer. « Cotonou, Cotonou ». Oui Cotonou, mais nous notre taxi, on l’a déjà… En tout cas, on espère qu’il est encore là, parce que nos bagages sont dedans, et parce qu’il a fait payer tout le monde avant de partir… Petit stress tout de même. On marche lentement, on regarde partout et plus on avance plus il y a de voitures et plus nos espoirs de retrouver le fameux taxi s’amenuisent… et tout à coup, on voit surgir à côté de nous une voiture blanche. C’est lui, yééééééééééééééé ! Le chauffeur est furieux… ça nous a pris plus d’une heure passer la frontière, alors que tous les autres sont passés en 5 minutes… Mais moi je m’en fou de sa mauvaise humeur. Il est là, c’est ce qui compte ! Alors on se resqueeze dans le taxi, et on repart. Ah, nous sommes au Bénin, ENFIN !!!

Les réjouissances sont de courte durée : 30 mètres plus loin, le chauffeur s’arrête à nouveau. Essence. Et le chauffeur jase, jase… il pouvait ben pogner les nerfs parce que ça nous a pris une heure à la frontière !!! Non mais il nous niaise ou quoi ? Même les Togolais du taxi commencent à s’impatienter… On repart, on s’arrête 2 min plus tard : contrôle routier (c'est-à-dire, 1 ou 2 troncs d’arbres ou un restant de grille qui bloque le chemin et des soldats qui regardent ce qu’il y a dans le coffre). Je vous jure, de la frontière à Ouidah – environ 50 km - au moins 10 contrôles routiers. AAAAAAAHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHH !!!!! Je capote !!!!!!!!!!! Sans compter les postes de péage et les arrêts bouffe ou pipi du chauffeur qui n’en finissent plus… JP m’appelle, je désespère d’arriver un jour… environ 17h30…

On passe afin Ouidah. C’est ici que la route s’achève pour Noah et Jimmy, les chanceux. Poste de péage, bruit de klaxon qui me sort de ma torpeur : FANMILK !!!!! Tout le monde dans la voiture en veut, mais le chauffeur ne s’arrête pas !!!! Lui qui s’est arrêté 1000 fois pour manger pendant le trajet !!!! Le pauvre monsieur Fanmilk, je vous jure qu’il les a mérité les 500 francs qu’il a pu se faire à nous donner nos trucs et à nous remettre la monnaie à tous les 4… il a du courir après la voiture pendant un bon 2 minutes !!!

Aux multiples arrêts, je redécouvre le Bénin avec plaisir. L’huile rouge, le fromage que les bonnes dames tripotent pendant toute la ronde de négociations pour ne finalement pas l’acheter, la terre rouge… On approche de Cotonou, enfin ! Et à ma grande surprise, on y entre sans problème, parce qu’une partie de ce fameux échangeur qui se construisait l’an dernier est terminée (ceux qui sont déjà passé par le Bénin savent à quel point entrer dans la ville était un calvaire pendant les travaux) ! Hein ??? On entre donc dans la ville sans problème, yé !!!!

Le chauffeur me dit, une fois dans la ville : « tu vas où ? ». Prendre le taxi pour Porto Novo… il fait presque noir déjà, je suis fatiguée… Il propose de poursuivre sa route et de m’y amener pour 1000 francs. Ça en coûte 700 d’habitude, mais là, j’ai pas envie de négocier un autre taxi. Allez, c’est parti, on embarque du nouveau monde, plein de marchandises, plus qu’une petite heure et on y est !

Ça aurait été trop facile. Depuis notre entrée à Cotonou, y’ a plein de chauffeurs de zems qui, de leur moto, n’arrêtaient pas de faire de grands signes en pointant l’arrière de la voiture. Et au moment où on passe un des 3 ponts qui nous permet de sortir de la ville, PAF !!!!! crevaison !!!! J’y crois pas. On descend tous de la voiture…. Heureusement, pour me remonter le moral, une vendeuse de chips de bananes plantains passait par là. N’ayant à peu près rien mangé depuis le matin, je lui en achète plein et je me régale, à défaut de pouvoir faire mieux…

30 min. plus tard, crevaison réparée, on repart. Il fait nuit déjà…

La route vers Porto Novo. Il a beau faire noir, je reconnais plein de choses. Dernier rond-point, si ma mémoire est bonne, on devrait en avoir encore pour 30 minutes. On file à vivre allure (sauf quand y’a des dos d’âne). Et tout d’un coup, plus rien ne bouge. Blocage. Un accident à l’entrée du pont de la ville apparemment. Jp m’appelle : « Coudonc, t’es-tu retournée à Lomé ? » Soupir…

Je prends mon mal en patience… 20h… toutes les 10 minutes, on avance de 5 mètres. Je vois la pancarte du supermarché « La Championne, 20 min ». Un repère important pour ceux qui connaissent… si près, mais si loin à la fois…

Enfin, je vois le pont et la lagune. Et ça roule, à nouveau !!! C’est dans le noir que je redécouvre Porto. Tiens, y’a plus de grands bâtiments que dans mon souvenir. Plus de goudron et de pavés, moins de travaux… C’est étrange, je reconnais plein de trucs sans tout à fait les reconnaître… Je passe le carrefour des cygnes et le collège où j’ai enseigné, le centre Songhaï, le marché Ouando… Le chauffeur me laisse au coin de la rue, tout près du palais de glace. 21h, enfin, je sors définitivement de la voiture !!!!

« Tu veux aller danser » ? me dit le chauffeur ? T’es-tu malade ??? Y’a des amis qui m’attendent, et deux bières bien méritées !!!!! Et je m’engage dans le von tout noir…

Bon, j’ai surestimé mon sens de l’orientation. Dans le noir, je ne suis plus trop sûre où est la maison… J’appelle Sam et JP et on se retrouve presque tout de suite, avec beaucoup de plaisir. Mission accomplie ! Après avoir compté chacun des jours avant les vacances, puis chacun des mètres de la route, me voici à Porto, en congé et avec mes amis. Bonheur ( :

Après 2 bières, de retour dans cette ville qui me rappelle tant de souvenir, et en bonne compagnie en plus, on oublie à quel point la route a été longue. Et puis on finit toujours par se dire qu’au fond, ça fait de bonnes histoires à raconter !

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