lundi 14 janvier 2013

Un triste événement...



Ce matin, j’avais comme projet de vous raconter mes vacances en détail. Mais ce matin (samedi 11 janvier), j’ai appris une nouvelle qui m’a bouleversée : cette nuit, il y a eu un grand incendie au marché de Lomé. Le marché de Lomé est principalement extérieur, sauf pour un grand bâtiment à 2 étages qui se situe en plein cœur de celui-ci. Et c’est ce bâtiment qui a pris feu : principalement des produits cosmétiques et des bijoux au 1er étage, et surtout, au 2e, les grandes armoires en bois remplies à craquer des nana benz. Les nana benz, ce sont des marchandes de pagnes (tissu), qui ont fait la renommée internationale du marché de Lomé, surtout dans les années 1970. On disait que certaines d’entre elles étaient tellement riches qu’elles se déplaçaient en Mercedes Benz… Bon, c’est moins le cas aujourd’hui, le Togo étant beaucoup moins touristique depuis les troubles politiques que le pays a connu depuis les années 1990. Mais tout de même, elles avaient encore leur réputation ces dames, et le dernier étage du marché, c’était un tourbillon de couleurs, de tissus de grande qualité et de bonne humeur…

L’incendie se serait déclaré vers 23h et s’est propagé à la vitesse de l’éclair, devant les regards impuissants des gens et surtout, de ces dames qui ont vu en quelques heures toute leur vie partir en fumée. Que pouvait y faire l’unique équipe de sapeurs-pompiers de Lomé ? Manque cruel d’équipement, pas d’infrastructures pour acheminer l’eau… et comble du malheur, il paraît que les sapeurs-pompiers du Ghana, qui venaient en renfort, ont été arrêtés à la frontière par les douaniers togolais, qui ont refusé de rouvrir la frontière avant l’heure prévue : 6h du matin. Le feu a tout ravagé, il ne reste plus rien…

Le marché est à environ 45 minutes de marche de chez-moi, mais Coco avait entendu des cris et des bruits pendant la nuit. Tôt le matin, il est donc allé aux nouvelles, et il est revenu complètement sous le choc. Et ça se comprend. Comme si les femmes n’en bavaient pas assez dans ce pays… parce que bien sûr, le marché, c’est principalement une affaire de femmes, le domaine informel étant le seul où elles puissent se faire une place. Coco me disait que plusieurs d’entre-elles laissent leur argent dans le bâtiment, parce qu’elles ont peur de se faire voler en sortant. Que plusieurs venaient tout juste d’acheter leurs nouveaux stocks pour l’année – un investissement de plusieurs millions de francs CFA. Que beaucoup d’entre-elles ont dû emprunter pour pouvoir lancer leur petit commerce. Que des mamans, en arrivant sur les lieux, ont perdu connaissance… Que d'autres ont fait une attaque et sont à l'hôpital... Comment ces dames vont-elles vivre maintenant ? Qui va s’occuper d’elles, de leurs enfants, de leur famille ? Parce qu’il ne faut pas forcément compter sur les hommes, souvent polygames, souvent absents, pour subvenir aux besoins de leurs femmes et de leurs enfants…

Et le pire dans toute cette histoire, c’est qu’il s’agit sans doute d’un incendie criminel, parce que 2 jours avant, le marché de Kara, une ville située au nord du pays, a aussi été incendié. Et la semaine dernière, la maman de Coco nous a raconté que 4 personnes qui voulaient mettre le feu au marché de Kpalimé ont été arrêtées…

« Mon pays va mal », m’a dit Coco, le regard désolé. « Les Togolais n'ont pourtant jamais été des gens mauvais… ». Quoi répondre ? Il est difficile parfois d’imaginer comment l’Afrique pourra un jour s’en sortir…Surtout qu'il y aura des élections ici en 2015 et déjà, on sent que ça risque de barder...

Ça fait beaucoup réfléchir tout ça. Et ça fait mal. Le monde est profondément injuste…

mélanie

http://www.liberation.fr/depeches/2013/01/12/togo-un-incendie-ravage-le-grand-marche-de-lome_873539

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